Production IT : quand la performance met la santé mentale à l’épreuve

Produire mieux, durablement, sans épuiser ceux qui rendent tout possible.

ALENIA PRODUCTION TOUR
SANTÉ MENTALE
Par
Alenia
le
5/11/2025

Cet article est tiré de la conférence de Jennifer Breval, Sonia Domingues et Vanessa Prillard à l'Alenia Production Tour 2025.

Est-ce qu’il vous est déjà arrivé d’aller travailler avec le moral en berne, l’esprit saturé, le corps en mode pilote automatique ? D’avoir cette impression diffuse que quelque chose cloche, sans réussir à mettre un mot dessus ?

Si vous travaillez en production IT, ces sensations ne vous sont probablement pas étrangères. Les yeux rivés sur l’écran, le cœur qui accélère à chaque alerte, la boîte mail qui clignote sans relâche : la vigilance est permanente, la pression constante.

Les métiers de la production IT reposent sur une exigence de fiabilité absolue et de réactivité immédiate. Cette tension, souvent banalisée au nom de la performance, a pourtant un coût bien réel : celui de la santé mentale et physique des équipes.

C’est précisément ce sujet qu’a exploré la conférence Santé mentale et Prod IT, en donnant la parole à quatre intervenantes issues de deux univers complémentaires. D’un côté, Jennifer Breval et Sana Bahri, professionnelles de la production IT, familières des go-live sous haute tension et des astreintes à répétition. De l’autre, Vanessa Prillard et Sonia Domingues, spécialistes de la santé mentale, engagées dans la prévention du burn-out et l’accompagnement au mieux-être.

Leur message commun est sans ambiguïté : la performance n’a de sens que si elle ne se construit pas au détriment de la santé. Et surtout, apprendre à écouter son corps n’est pas un luxe, mais une véritable compétence professionnelle.

Le stress et la santé mentale : un constat largement sous-estimé

Les témoignages convergent sur un point essentiel : le burn-out ne survient jamais brutalement. Il s’installe progressivement, à travers des signaux faibles que l’on choisit trop souvent d’ignorer. Vanessa raconte ainsi avoir longtemps minimisé des symptômes pourtant évidents : un sommeil réduit à quelques heures par nuit, des tensions physiques permanentes, des maladies chroniques qui s’accumulent. Jennifer complète ce constat en rappelant que le stress peut être un moteur lorsqu’il est ponctuel et maîtrisé, mais qu’il devient toxique dès lors qu’il s’installe sans relais ni soutien.

Dans les environnements de support et de production IT, l’urgence est permanente. Chaque incident doit être résolu immédiatement, chaque utilisateur attend une réponse rapide et efficace. Cette culture de l’instantanéité transforme le stress en norme. La frontière entre stimulation et surcharge devient floue, jusqu’à disparaître. Comme le souligne Jennifer, le stress fonctionne comme le sport : sur de courtes périodes, il peut être bénéfique, mais aucun organisme ne peut maintenir un effort intense pendant des semaines ou des mois sans phase de récupération.

Le rôle déterminant du management

Face à ces enjeux, le rôle du manager est central. Il ne s’agit plus seulement de piloter la production, mais aussi de veiller à la santé mentale des équipes. Sonia insiste sur l’importance d’un geste simple, mais exigeant : poser la question « Comment ça va ? » et être réellement prêt à entendre la réponse, même lorsqu’elle dérange. La sécurité psychologique repose sur cette capacité à créer un espace où l’on peut dire « je n’en peux plus » sans crainte de jugement ou de sanction.

Ce rôle managérial implique également une adaptation fine aux individus. Vanessa rappelle que l’on ne manage pas tout le monde de la même manière. Chaque collaborateur a ses propres besoins, ses valeurs, sa tolérance au stress. Pour un manager, cela suppose de connaître ses équipes, d’identifier la zone de génie de chacun et de proposer des missions qui font sens, plutôt que d’appliquer des recettes standardisées.

L’exemplarité joue ici un rôle clé. Un manager qui reconnaît ses propres limites, qui montre qu’il peut lui aussi traverser des moments de fragilité, rend le dialogue plus crédible. Cette transparence nourrit la confiance et encourage les équipes à prendre soin d’elles-mêmes sans renoncer à l’exigence de performance.

Pourquoi le stress devient-il destructeur ?

Le premier facteur de burn-out réside dans le déséquilibre entre les exigences et les ressources disponibles. Dans de nombreux contextes de production IT, les équipes sont réduites, les sollicitations constantes et les incidents critiques fréquents. Lorsque cette pression s’exerce sans pauses ni relais, l’épuisement devient inévitable.

Un autre piège, plus insidieux, réside dans l’ennui et la perte de sens. Vanessa partage son expérience d’une période où elle n’exploitait qu’une fraction de ses capacités. Le travail était présent, mais sans nouveauté ni perspective. Progressivement, l’engagement s’est éteint. Cette situation illustre un lien souvent sous-estimé : le burn-out ne naît pas uniquement de la surcharge, mais aussi de l’absence de défi et de reconnaissance.

Le stress chronique laisse également des traces physiques tangibles. Christophe en témoigne avec force : perte de poids importante, disparition de maladies métaboliques après un changement de rythme et de mode de vie. Autant de signaux que le corps avait envoyés bien avant, et qui avaient été ignorés. Sommeil perturbé, alimentation déséquilibrée, tension artérielle élevée : ces indicateurs sont autant d’alertes qu’il est dangereux de minimiser.

Des facteurs organisationnels et humains étroitement liés

Les organisations attendent des équipes de support IT une performance irréprochable, souvent sous contrainte de coûts et de délais. Ce paradoxe fragilise la durabilité des collectifs. Sans temps de pause ni reconnaissance de l’effort, même les profils les plus solides finissent par craquer. La performance ne peut être durable que si elle s’inscrit dans un cadre qui préserve les ressources humaines.

La répartition des responsabilités joue également un rôle clé. Dans certaines organisations, les collaborateurs les plus compétents deviennent rapidement indispensables, concentrant sur eux la pression et les urgences. Une organisation plus équilibrée, où les savoirs sont partagés et les relais anticipés, constitue un levier puissant de prévention.

Sur le plan humain et social, le collectif agit comme un amortisseur. Le soutien des collègues, des managers, mais aussi de la sphère personnelle, permet souvent de reprendre conscience de ses limites avant le point de rupture. Les dispositifs internes, portés notamment par les RH, ont ici un rôle essentiel. Les formations aux premiers secours en santé mentale contribuent à identifier les signaux faibles et à agir avant que la situation ne devienne critique.

Vers une performance durable et humaine

Prévenir l’épuisement en production IT suppose une approche globale. La sensibilisation aux enjeux de santé mentale, le développement de compétences managériales orientées vers l’écoute et le dialogue, ainsi qu’une organisation du travail respectueuse des rythmes humains sont autant de leviers complémentaires. À l’échelle individuelle, apprendre à écouter son corps, à préserver son sommeil, son alimentation, son activité physique et ses liens sociaux est une condition essentielle pour durer.

Les témoignages de Vanessa, Jennifer et Christophe rappellent que la reconstruction est possible, à condition de prendre conscience de ses limites et de s’inscrire dans un environnement bienveillant. Trouver un cadre où le respect et l’écoute sont la norme transforme radicalement la relation au travail.

Le message clé de cette conférence est clair : la performance ne s’oppose pas à la santé mentale, elle en dépend. Managers et dirigeants ont la responsabilité de créer des environnements sûrs et durables. Les collaborateurs, eux, doivent s’autoriser à écouter les signaux faibles et à demander du soutien.
Le chaos de la production IT n’est pas une fatalité. Avec des pratiques adaptées, un management attentif et une organisation équilibrée, il peut devenir un terrain où performance et bien-être coexistent durablement. Et c’est précisément là que se crée la valeur, pour les équipes comme pour les organisations.

Alenia

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