Paris 2024 : ce que la plus grande production IT au monde nous apprend vraiment

L'envers du décor d'une production IT mondiale sous pression maximale, sans droit à l’erreur.

ALENIA PRODUCTION TOUR
TÉMOIGNAGE
Par
Alenia
le
7/1/2026
Paris 2024 : ce que la plus grande production IT au monde nous apprend vraiment

Cet article est issu d’une conférence donnée par Bruno Marie-Rose, CITO des jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, lors de l’Alenia Production Tour 2025. 

Paris 2024 : ce que la plus grande production IT au monde nous apprend vraiment

On se souvient des médailles, des records, des images spectaculaires. Beaucoup moins de ce qui a permis que tout cela fonctionne, sans accroc visible, devant 5 milliards de téléspectateurs.

Derrière Paris 2024, il y a eu l’une des plus grandes productions IT jamais réalisées : un système éphémère, ultra-exposé, soumis à des contraintes techniques, humaines, politiques et sécuritaires hors normes.

Ce n’est pas une success story technologique classique. C’est un récit de Production, au sens le plus exigeant du terme.

Une entreprise qui n’existe qu’une fois (et sous pression maximale)

Paris 2024, c’est d’abord une “anomalie” organisationnelle.

En 2018, le comité d’organisation compte une trentaine de personnes. Six ans plus tard, ce sont des centaines de milliers d’acteurs, dont 5300 personnes mobilisées sur la technologie, 40 nationalités, un turnover massif… et une date de fin non négociable.

Contrairement à une DSI classique :

  • il faut tout construire vite (ERP finance, RH, outils cœur de métier),
  • accepter l’hyper-scalabilité humaine,
  • tout en sachant que le système sera démantelé après les Jeux.

Trois piliers structurent alors la stratégie IT :

  1. Le SI “entreprise” (finance, RH, outils internes),
  2. La technologie événementielle, celle qu’on ne doit jamais remarquer, car ultra fiable,
  3. Les fonctions transverses : cybersécurité, innovation utile, durabilité, héritage.

Un point clé ressort : ici, l’innovation n’est jamais sans finalité. Elle n’est retenue que si elle sert un objectif clair : faire fonctionner les Jeux, réduire leur impact, ou laisser une trace exploitable après.

La production comme point de bascule culturel

À mesure que les Jeux approchent, l’enjeu change radicalement :  on ne parle plus de projets, mais de capacité à tenir en conditions réelles.

Cela passe par un basculement humain majeur : 40 % des équipes IT changent de rôle un an avant l’événement, quittant des fonctions projet pour entrer dans des rôles de production et d’opérations terrain. Ce qui entraîne nouveaux rythmes, pression constante et nécessité de réagir, pas d’optimiser.

Pour y parvenir, Paris 2024 met en place des technology rehearsals : des répétitions grandeur nature où des équipes jouent volontairement les “méchants”, multiplient incidents et crises pendant plusieurs jours.

Objectif : observer non pas la technique seule, mais les réactions humaines. Car en production, ce ne sont pas les meilleurs architectes qui font la différence, mais celles et ceux capables de décider sous stress, collectivement.

Cette logique culmine avec la création du Technology Operations Center :

  • 100 postes,
  • fonctionnement 24/7,
  • trois équipes en rotation,
  • cybersécurité intégrée mais cloisonnée,
  • capacité de bascule vers un centre alternatif en cas de crise majeure.

C’est dans ce centre que le CITO choisit de passer les Jeux, plutôt que dans les stades. Un signal clair : la production n’est pas un back-office, c’est le cœur du système.

Quand tout peut s’effondrer… mais ne le fait pas

Cyberattaques, incidents réseau, conflits de fréquences, pressions géopolitiques, contraintes de souveraineté des données : Paris 2024 concentre tous les risques possibles.

Quelques chiffres donnent la mesure :

  • 55 milliards d’événements cyber détectés,
  • des attaques DDoS répétées,
  • des incidents critiques sur le timing, les résultats, les télécoms,
  • zéro incident ayant impacté le déroulement des Jeux.

Ce résultat n’est pas dû à l’absence de problèmes — ils ont été nombreux — mais à une philosophie claire :

Vous avez le droit à l’erreur. Vous n’avez pas le droit à l’échec.

Tout est pensé pour la résilience, la capacité à absorber le choc, à revenir vite, sans panique, sans héroïsation inutile. Même les situations les plus sensibles — comme l’hébergement de données dans un contexte de tensions internationales — sont traitées par un travail fin de qualification, de cloisonnement, de gouvernance… et beaucoup de diplomatie.

Le vrai héritage : des équipes qui savent qu’elles peuvent le faire

À la fin des Jeux olympiques, tout ne s’arrête pas. Il faut démanteler, répondre à des milliers de demandes RGPD, fermer proprement ce qui a été construit… sans casser la confiance.

Mais l’héritage le plus fort n’est pas technique. Il est humain.

Des équipes qui ont tenu une pression extrême, dans un contexte unique, repartent avec une certitude nouvelle : elles savent opérer, vraiment. Bruno Marie-Rose le résume simplement dans son message final à ses équipes :

Maintenant, vous savez que vous pouvez le faire. Vous venez de le prouver.

C’est peut-être là la leçon la plus précieuse pour toutes les organisations IT : la production n’est pas une fin ingrate, ni un mal nécessaire. C’est le moment de vérité.

Paris 2024 : ce que la plus grande production IT au monde nous apprend vraiment

Alenia

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