L'envers du décor d'une production IT mondiale sous pression maximale, sans droit à l’erreur.

Cet article est issu d’une conférence donnée par Bruno Marie-Rose, CITO des jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, lors de l’Alenia Production Tour 2025.
On se souvient des médailles, des records, des images spectaculaires. Beaucoup moins de ce qui a permis que tout cela fonctionne, sans accroc visible, devant 5 milliards de téléspectateurs.
Derrière Paris 2024, il y a eu l’une des plus grandes productions IT jamais réalisées : un système éphémère, ultra-exposé, soumis à des contraintes techniques, humaines, politiques et sécuritaires hors normes.
Ce n’est pas une success story technologique classique. C’est un récit de Production, au sens le plus exigeant du terme.
Paris 2024, c’est d’abord une “anomalie” organisationnelle.
En 2018, le comité d’organisation compte une trentaine de personnes. Six ans plus tard, ce sont des centaines de milliers d’acteurs, dont 5300 personnes mobilisées sur la technologie, 40 nationalités, un turnover massif… et une date de fin non négociable.
Contrairement à une DSI classique :
Trois piliers structurent alors la stratégie IT :
Un point clé ressort : ici, l’innovation n’est jamais sans finalité. Elle n’est retenue que si elle sert un objectif clair : faire fonctionner les Jeux, réduire leur impact, ou laisser une trace exploitable après.
À mesure que les Jeux approchent, l’enjeu change radicalement : on ne parle plus de projets, mais de capacité à tenir en conditions réelles.
Cela passe par un basculement humain majeur : 40 % des équipes IT changent de rôle un an avant l’événement, quittant des fonctions projet pour entrer dans des rôles de production et d’opérations terrain. Ce qui entraîne nouveaux rythmes, pression constante et nécessité de réagir, pas d’optimiser.
Pour y parvenir, Paris 2024 met en place des technology rehearsals : des répétitions grandeur nature où des équipes jouent volontairement les “méchants”, multiplient incidents et crises pendant plusieurs jours.
Objectif : observer non pas la technique seule, mais les réactions humaines. Car en production, ce ne sont pas les meilleurs architectes qui font la différence, mais celles et ceux capables de décider sous stress, collectivement.
Cette logique culmine avec la création du Technology Operations Center :
C’est dans ce centre que le CITO choisit de passer les Jeux, plutôt que dans les stades. Un signal clair : la production n’est pas un back-office, c’est le cœur du système.
Cyberattaques, incidents réseau, conflits de fréquences, pressions géopolitiques, contraintes de souveraineté des données : Paris 2024 concentre tous les risques possibles.
Quelques chiffres donnent la mesure :
Ce résultat n’est pas dû à l’absence de problèmes — ils ont été nombreux — mais à une philosophie claire :
Vous avez le droit à l’erreur. Vous n’avez pas le droit à l’échec.
Tout est pensé pour la résilience, la capacité à absorber le choc, à revenir vite, sans panique, sans héroïsation inutile. Même les situations les plus sensibles — comme l’hébergement de données dans un contexte de tensions internationales — sont traitées par un travail fin de qualification, de cloisonnement, de gouvernance… et beaucoup de diplomatie.
À la fin des Jeux olympiques, tout ne s’arrête pas. Il faut démanteler, répondre à des milliers de demandes RGPD, fermer proprement ce qui a été construit… sans casser la confiance.
Mais l’héritage le plus fort n’est pas technique. Il est humain.
Des équipes qui ont tenu une pression extrême, dans un contexte unique, repartent avec une certitude nouvelle : elles savent opérer, vraiment. Bruno Marie-Rose le résume simplement dans son message final à ses équipes :
Maintenant, vous savez que vous pouvez le faire. Vous venez de le prouver.
C’est peut-être là la leçon la plus précieuse pour toutes les organisations IT : la production n’est pas une fin ingrate, ni un mal nécessaire. C’est le moment de vérité.