CTO en 2026 : décider vite, intégrer fort, garder les équipes debout

Cloud, IA, souveraineté : Pierre Bichon (CTO) remet les débats tech à hauteur de terrain.

CTO
PRODWAY
Par
Aimery Duriez-Mise
le
17/2/2026

Cet article est tiré de l’épisode Prod’Way avec Grégoire Gambatto, CEO de CTRO+G, Frontier Models et AI Coding. A écouter sur Spotify, Apple Podcast, Deezer ou Acast.

Dans cet épisode de ProdWay, Pierre Bichon, CTO de Cegid, ramène les grands sujets tech (cloud, IA, souveraineté) à une approche qui manque parfois : le pragmatisme. Ce qui compte, ce n’est pas d’avoir “la meilleure techno”. C’est d’être capable de choisir, expliquer, et tenir la trajectoire dans le temps.

Les moments clés de la discussion

  • 00:54 – introduction et contexte Cegid
  • 05:50 – la vision du rôle de CTO
  • 07:15 – de la Société Générale à l'IA : le parallèle Cloud / Intelligence Artificielle
  • 17:05 – l'expérience Thales : rigueur, secret et temps long
  • 23:10 – l'industrie chez Nexans
  • 27:50 – Edenred : l'hyper-croissance et le business first
  • 38:15 – les défis actuels chez Cegid : LBO et intégration
  • 43:40 – conseils pour un nouveau CTO :"Keep Calm"
  • 46:05 – souveraineté numérique et Cloud Act
  • 52:10 – veille technologique : L'importance du terrain
  • 57:35 – adoption de l'IA et dette technique future
  • 59:40 – sport et leadership : leçons de l'Ultra-Trail
  • 01:07:10 – management : bienveillance et "colère simulée"

Contexte

Cegid, c’est du logiciel SaaS pour des métiers critiques mais rarement simples : compta, paie, RH, finance, retail. Des domaines où la règle ressemble à une évidence… jusqu’au moment où elle devient loi, interprétation, exception, historique.

Résultat : beaucoup d’automatisation possible, mais jamais “en ligne droite”. Et une complexité amplifiée par la réalité internationale : la paie, par exemple, ne se déploie pas comme un template universel. Elle colle aux lois, aux usages et aux contraintes locales.

Pierre arrive avec un parcours qui lui donne des repères contrastés : l’exigence extrême du bancaire, la culture “safety first” de l’industrie, puis l’hyper-croissance et l’écosystème du paiement. Et aujourd’hui, un environnement SaaS marqué par l’hétérogénéité.

1) Le cloud : du mythe du “tout” au vrai sujet de l’équilibre

Le cloud a été un disrupteur. Pas seulement technologique : organisationnel. Comme dans toute rupture, les premières réactions sont souvent identiques : peur, prudence, injonctions contradictoires, puis accélération massive… avant un retour à une forme d’équilibre.

Pierre le dit sans détour : quand on lance un nouveau business, la question ne se pose même pas. Le cloud est un accélérateur naturel. Mais pour une organisation existante, le sujet n’est pas “cloud ou pas cloud”. Le sujet, c’est : où en est-on dans son cycle d’investissement, quels workloads, quelles contraintes, quelle capacité de transformation ?

Et surtout : la migration n’est pas qu’un sujet infra. C’est un sujet de process, de produit, de culture.

2) Le CTO : porte-parole, “design authority”… et traducteur d’impact

La définition de Pierre est simple : le CTO est le porte-parole de la tech dans l’entreprise.

Mais selon la place de la tech dans le business, le rôle change : stratégique produit, opérateur de la plateforme, garant de la cohérence, animateur des choix structurants.

Ce qui revient souvent dans l’épisode, c’est une discipline : relier la tech au métier. Pierre propose une règle radicale : si vous n’arrivez pas à expliquer en 15 secondes à un responsable métier ce que votre initiative change pour lui… ce n’est probablement pas la bonne bataille.

C’est inconfortable, surtout sur des sujets “invisibles” comme une migration cloud public ou une refonte d’outillage. Mais c’est aussi ce qui protège le CTO d’un piège classique : avoir raison techniquement… et perdre politiquement.

3) IA : la promesse est réelle, mais le frein principal est humain

Le parallèle avec l’arrivée du cloud est frappant. On retrouve les mêmes signaux : enthousiasme, peur, annonces massives, puis la réalité du terrain.

Pour Pierre, l’IA “augmente” d’abord. Elle arrive comme un collègue digital : copilotes, DevOps agents, automatisations connectées aux outils et à l’observabilité.

Mais une condition est non négociable : la donnée.

Sans connaissance capitalisée, sans qualité de data, sans observabilité exploitable, l’IA devient un château de cartes. Elle peut impressionner en démo. Elle déçoit en production.

L’autre frein, plus profond, est culturel : accepter qu’un agent fasse une partie du travail, apprendre le lâcher-prise, construire progressivement le niveau de confiance. Comme une voiture autonome : on n’y arrive pas en une release. On y arrive par itérations.

4) Souveraineté : arrêter les slogans, raisonner “risque”

Le passage sur la souveraineté est l’un des plus utiles, parce qu’il remet de l’ordre. Pierre propose de partir de la question : de quoi cherche-t-on à se protéger ?

Il distingue deux risques : le premier, c’est l’accès potentiel aux données par un autre gouvernement, via des cadres légaux. Le second, plus extrême, serait la rupture d’activité (coupure).

Une fois qu’on a clarifié le risque, on peut parler solutions, compromis, trajectoires. Sans ça, on fait de la souveraineté une posture. Et une posture ne tient pas face à un budget, un délai, ou un client.

Enseignements

Ce que cet épisode rappelle, c’est que les grands sujets tech sont rarement des sujets “tech” uniquement.

  • Le cloud, l’IA, la souveraineté : ce sont d’abord des sujets de choix, de rythme, d’adhésion.
  • Le CTO ne peut pas tout faire. Il doit choisir ses batailles, construire des alliés, et accepter l’incertitude sans exploser.
  • La performance durable passe par le collectif : sécurité psychologique, transparence, culture du retour d’expérience. Quand la peur s’installe, les gens ne prennent plus de risques. Pire : ils dissimulent. Et là, le système se fragilise de l’intérieur.

Conclusion

On retient souvent les keynotes et les tendances. Pierre, lui, insiste sur autre chose : le terrain.

La tech est plus accessible que jamais. Les possibles explosent. Mais la réussite dépend toujours de la même chose : notre capacité à transformer ces possibles en décisions claires, comprises, tenables.

Et au fond, la question la plus opérationnelle de l’épisode est peut-être celle-ci :

👉 Est-ce qu’on est en train d’appeler “prudence” ce qui ressemble déjà à de l’inaction ?

Aimery Duriez-Mise

Co-fondateur

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