Et si l'Agilité, tout comme les Millennials, avait simplement besoin de se réinventer pour rester dans la course ?

Scrum a plus de 30 ans, l’Agilité s’en approche. Alors quand on voit à quelle vitesse les choses changent, je me demande parfois s’il faut encore parler d’Agilité ou non dans la gestion de nos projets IT. La bonne nouvelle c’est que les process dans les entreprises n’évoluent pas aussi vite que les trends sur Tik Tok ou Instagram, donc je dirai que oui, a priori, l’Agilité a encore de beaux jours devant elle mais pas sans quelques adaptations.
« Tu as vu la nouvelle demande du client ? C’est OK pour livrer dans ce sprint du coup ? Comment ça non ? On est Agile, tu vas trouver une solution ! »
« Ici on est Agile. Par contre, il n’y a pas de users à la démo, on la fait juste entre nous. Les users font leur retour uniquement quand toutes les features sont prêtes lors d’UAT. »
Bien qu’elle soit toujours d’actualité, il n’est plus question de faire de l’Agilité pour faire de l’Agilité. Il y a 10 ans, c’était le mot à la mode et tout le monde disait faire de l’Agilité mais aujourd’hui je crois qu’on peut dire stop aux effets de mode et se montrer un peu plus honnête ! D’autant plus si l’on pense encore qu’être Agile signifie être un contorsionniste du projet capable de faire rentrer, par on ne sait quel miracle, des développements dans des plannings beaucoup trop serrés. Je suis convaincue qu’avec la traduction en français, l’Agilité a tendance à être mal interprété. Ça laisse à penser que c’est un petit chat agile qui retombe toujours sur ses pattes alors qu’en réalité c’est plutôt un hibou, calme et méthodique, se déplaçant sans brasser de l’air.
Dans ses fondements, L’Agilité est une méthodologie exigeante et rigoureuse qui ne se veut en aucun cas être la solution à tous les problèmes. Elle a été conçue et pensée pour répondre à des projets complexes où les besoins évoluent rapidement. Elle est basée sur des règles claires, définies et volontairement minimalistes qui laissent la place à une adaptation continue et régulière mais en aucun cas, à une improvisation chaotique. Elle invite à se remettre en question en prenant des décisions réfléchies plutôt que de passer à l’action sur la base de conclusions hâtives. D’ailleurs, si on prend du recul, l’Agilité ne fait pas tellement de sens pour des projets simples où les attentes sont précises dès le départ et ne bougent pas dans le temps. Dans ces cas-là, il ne faut pas craindre d’utiliser un bon vieux projet avec un cycle en V.
En 2026, j’opte pour la méthode la plus en adéquation avec mes besoins et pas celle à la mode. Dans le « Être agile », j’adhère à l’idée de savoir-faire une introspection pour rapidement m’adapter. Alors si besoin, je suis agile et je fais du cycle en V. Je deviens hybride !
« C’est bien beau de savoir ce que vous faîtes dans 1 ou 2 sprints, mais j’aurai besoin de votre roadmap sur l’année sinon je vous enlève des développeurs et je les réattribue à d’autres équipes. »
« Le sujet qui doit être terminé pour Q3, on a décidé que c’est votre équipe qui allait le prendre en charge. Ça ne colle pas parfaitement à votre module mais ça ressemble un peu quand même. »
Dans l’Agilité, il y dès le départ, des intentions qui ont très bien été comprises comme l’importance d’avoir des feedbacks réguliers à la fois sur notre produit mais aussi sur nos process. L’aptitude à gérer la vélocité d’une équipe de façon durable dans le temps est aussi plutôt bien perçue. Sans parler, depuis ces dernières années, de la possibilité de se dimensionner à l’échelle car dans la vraie vie de nos sociétés, nous ne sommes jamais seuls à travailler sur un projet. Il faut être en capacité d’interagir avec une multitude d’autres équipes. Finalement aujourd’hui, le dernier et le plus gros irritant de l’Agilité c’est son manque de prédictibilité à long terme. Certes, nous devons avoir la vision produit mais, soyons réalistes, quand elle existe, elle est rarement déclinée en de réelles étapes d’évolution sur plusieurs mois ou années.
Alors, j’imagine que comme moi, on vous a dit que dans cette course effrénée vers l’efficacité à moindre coût, on ne pouvait plus se permettre de ne pas savoir ce qu’il en sera dans 6 mois ou dans 1 an. Par conséquent, de façon très souvent top-down, on nous a poussé vers une gestion de projets plus traditionnelle avec des jalons imposés et de fortes phases de validation, oubliant par la même occasion cette fameuse vision produit ainsi que la notion d’équipe auto-organisée et pluridisciplinaire. Mais si en définitive, on ne devait pas choisir entre les deux mondes mais seulement les faire cohabiter ? Je ne crois pas que ce soit une hérésie que de vouloir tirer profit des différentes façons de faire.
Imaginons ensemble ce que pourrait être un modèle hybride. Dans un style traditionnel, j’ai une roadmap avec des sujets. Elle est à long terme avec des jalons à moyen et court terme qui se clôturent toujours par des phases d’UAT. Maintenant si je veux rendre cette roadmap un peu plus Agile, il me faut considérer l’ensemble de ces sujets comme étant mes epics et m’assurer qu’ils sont tous bien rattachés à ma vision produit. Ensuite je les décline en user stories sur un ou plusieurs sprints. Si mes UAT viennent valider de façon formelle la fin d’une epic, mes sprint review, elles, sont là pour confirmer de façon intermédiaire que la trajectoire de l’epic est toujours la bonne et me permettent de réajuster mes user stories si besoin. Les jalons quant à eux doivent correspondre à mes sprints afin d’assurer une cohérence dans le cadencement. Grâce à la vue long terme déclinée en user stories, l’équipe est staffée avec les bonnes ressources pour adresser le besoin.
Finalement assez naturellement, j’arrive à faire cohabiter au quotidien mon univers Agile tout en ayant une vision haut niveau facilement présentable à des comités tout aussi haut niveau. Mais ne nous mentons pas, il y a un bémol à ce monde idéal. Le succès ne peut être total que si on accepte l’une des 4 valeurs de l’Agilité : l’adaptation aux changements ; ou en d’autres termes accepter que la roadmap ne soit pas figée dans le temps. Celle-ci doit pouvoir vivre en fonction de l’émergence de nouveaux besoins, du turnover naturel de(s) équipes(s), ou de tout autre aléa qui viendrait la chambouler.
En 2026, je mixe les méthodes pour créer des modèles hybrides qui me permettent à la fois de régulièrement livrer de la valeur, à un rythme soutenable, avec des équipes autonomes et stables mais aussi de ne pas perdre de vue l’avenir du produit en sachant le décliner en grandes phases de développement sur le long terme. Dans ma quête d’amélioration continue, je pioche tout ce qui est bon pour moi : du vieux mais aussi du neuf avec pourquoi pas, une petite pointe d’IA.
« Plus besoin de développeurs avec l’IA, elle prend ta spéc et te pond le code directement. D’ailleurs même ta spéc, l’IA peut l’écrire toute seule en discutant avec le user directement ! »
Combattant l’effet de mode du mot Agilité, je ne vais pas me jeter dans celui de l’IA et vous vendre monts et merveilles. Néanmoins quand on sait que l’Agilité met l’humain au cœur des interactions, on est en droit de se demander comment l’IA va venir bouleverser les choses. Comme moi, je suis sure qu’on vous a déjà dit que l’IA allait vous remplacer et je reconnais qu’il y a de quoi nous faire douter. Personnellement, bien que je ne sois pas réticente au changement, en termes de nouvelles technologies, je ne fais pas partie des early adopters.
Mais malgré tout, l’IA est déjà rentrée dans mon quotidien et son utilisation, je l’admets volontiers, ouvre de nouvelles perspectives assez intéressantes. Pour exemple, elle m’aide actuellement dans la rédaction de mes user stories en me proposant une version corrigée, je l’admets encore, de plutôt bonne qualité. Elle a dans sa façon de s’exprimer cette capacité à ne pas laisser planner le doute sur ce qu’il y à faire ainsi que l’avantage de proposer l’ensemble des critères d’acceptance possibles. Va-t-elle pour autant me remplacer ? Je ne crois pas. Va-t-elle faire changer mon métier ? C’est une certitude. J’aime à penser, peut-être à tort, que les décisions importantes et les discussions qui en découlent resteront toujours une affaire humaine. L’IA viendra évidemment nous épauler dans ces choix et nous donnera accès à une version augmentée de nous-même.
Concrètement dans nos métiers, l’IA nous permettra sans aucun doute de mieux produire : user stories plus compréhensibles et exhaustives, code nativement accompagné de tests automatisés, analyse et compréhension rapide du code legacy, prédictions de planning à court, moyen et long terme, process toujours plus optimisés etc… . L’IA sera un peu notre petit ange sur l’épaule pour tout ce qui est de l’ordre du rationnel et du logique. Mais elle ne viendra pas remplacer notre esprit critique basée aussi sur notre instinct, nos émotions, notre inconscient.
En 2026, en bon Agiliste, je ne prends pas peur face à l’IA. Je ne résiste pas à ce changement mais je l’accueille pleinement pour en tirer le meilleur et passer à une Agilité Augmentée. Dans cette dynamique d’amélioration continue, je profite de l’opportunité que m’offre l’IA pour toujours faire plus et mieux.
Pour finir, je le dis : l’Agilité est comme moi, une vraie Millenial ! Prise dans la tourmente d’un monde qui change, elle doit sans cesse s’adapter. D’un côté, forte d’une expérience passée, elle continue de promouvoir ses valeurs qui font sa force. D’un autre, pas totalement aveugle et sourde aux nouveautés, elle modifie certaines règles du jeu pour gagner toujours plus en efficacité et continuer à répondre aux besoins. L’Agilité n’est pas morte mais elle doit se réinventer pour continuer de vivre. Alors on se donne rendez-vous dans 10 ans pour voir ce qu’il en sera ?